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Les gigafactories : attractivités des métiers et des territoires

Le thème de cette table ronde :

L’implantation récente dans les Hauts-de-France de trois giga usines de production de batteries pour les voitures électriques représente un atout indéniable pour l’activité économique et l’emploi de la région. Au-delà des chiffres officiels annoncés sur le nombre potentiel de créations d’emploi par l’installation de ces usines, qu’en est-il des enjeux d’attractivités des métiers et des territoires concernés ? Comment la recherche et la formation universitaire peuvent-elles apporter des réponses concrètes aux enjeux de recrutement, de reconversion et de fidélisation des talents ?

Cette table-ronde croisera les regards de divers acteurs, de la recherche et de la formation universitaire, de l’entreprise notamment de l’industrie automobile, de collectivités, pour tenter d’apporter des éclairages sur ces enjeux.

Cet événement s'inscrit au programme de la semaine des transitions de l'Université de Lille.

Le programme

Replay de la table ronde du 21 mars 2024

Mathieu Beaucamp, Professeur agrégé de Sciences Physiques, option Chimie, département Mesures Physiques de l'IUT de Lille

Le passage en 3 ans du système IUT, a amené Mathieu Beaucamp à fortement renforcer ses enseignements en électrochimie, en lien avec le contexte industriel régional particulièrement porteur. Dans cette optique, il a regroupé les compétences des quatre IUTs du Nord-Pas de Calais pour les intégrer au consortium électro'mob dont l'un des objectifs est la formation de jeunes aux problématiques de la fabrication de batteries de véhicules électriques et plus généralement de l'électromobilité. De 2024 à 2028, les IUTs recevront ainsi 2 M€ de subventions en contrepartie de cet effort de formation réparti sur 12 départements industriels. 

A l'issue du projet, plusieurs milliers de diplômés de BUT auront été formés sur des thématiques aussi diverses que la Chimie des matériaux, l'Electrochimie, l'Electronique de puissance, le Génie Mécanique, et plus de 10 000 heures d'enseignement devant étudiants auront été assurés, occupant un rôle de premier plan au sein d'Electro'mob

Yannick Giry, Directeur adjoint à la Transformation Economique Régionale, Conseil Régional Hauts-de-France

L’implantation des gigafactories est une formidable opportunité pour la transformation de l’industrie automobile. Pour réussir au mieux cette transformation, le Conseil Régional, avec ENEDIS et la CCIR, mobilise l’ensemble des forces concernées en Hauts-de-France. Il s’agit à la fois d’élargir le sujet des gigafactories à l’ensemble du sujet de l’électromobilité et d’intégrer plusieurs thématiques (Infrastructures de recharge, Innovation, Formation, développement économique). Cette dynamique mobilise actuellement une centaine d’acteurs, réunis au sein du Collectif régional pour l’électromobilité (COREM)

Jeanne Lannoy, Responsable communication, ARIA Hauts-de-France

Depuis plus de 25 ans l’ARIA dynamise l’écosystème automobile dans le nord de la France et accompagne ses adhérents dans la mutation de leurs activités vers l’électromobilité. En collaboration avec la région et nos partenaires historiques, nous pilotons le projet Electro'mob qui tend à placer les Hauts-de-France comme place forte de l’usinage de batteries. 

Maximin Berezowski, Chargé de formation - Leader projet formation “Electromaintenance” Norauto France

L’électronique prend une part de plus en plus importante dans le fonctionnement de nos véhicules. Et il est donc indispensable de s’adapter pour accompagner au mieux les automobilistes dans leur mobilité. L’enjeu pour l’entreprise est de pouvoir faire évoluer les compétences des collaborateurs au gré du marché automobile. L’exemple de Norauto qui prend le virage de l’électrotechnique grâce à la formation.

La table ronde sera animée par Fabien Willem, animateur et journaliste

Guy Drobinoha, Responsable régional Emploi et Formation, Médef Hauts-de-France

Développement durable et décarbonation : en 2024, les Hauts-de-France abritent 9 des 50 sites industriels français les plus polluants. Ces sites, qui incluent des raffineries, des cimenteries, des verreries et d’autres installations, représentent 54 % des émissions totales de gaz à effet de serre (GES) de l’industrie en France. L’enjeu de la décarbonation porte sur la mutation de la filière automobile mais bien au-delà sur l’ensemble de l’industrie régionale.

Ces mutations embarquent donc toute une série de problématiques auxquelles la région n’a pas été confrontée depuis des années : on passe d’un cycle global de récession de 30-40 ans à un emballement assez soudain autour de l’emploi industriel et de ses corollaires.

Les besoins d’une main-d’œuvre qualifiée pour démarrer les gigafactories interrogent  :

  • La nécessité de mobiliser la main-d’œuvre nécessaire dans des bassins qui sont plus habitués à gérer de la décroissance ;
  • La gestion du risque élevé de venir prélever des compétences qualifiées dans les PME pour servir des grandes entreprises ou des nouveaux entrants qui offre des packages salariaux plus intéressants ;
  • La possibilité d’opérer les ajustements structurels tels que la construction de logements et d’écoles, et l’adaptation du réseau de transports etc. nécessaires pour répondre aux besoins générés par la construction de ces nouvelles usines.

Betty Semail, Professeure en génie électrique Polytech'Lille et Directrice du Laboratoire d'Electrotechnique et d'Electronique de Puissance (L2EP) de l'Université de Lille

Dans le contexte de la transition énergétique, l'électrification des systèmes de transport tient un rôle majeur. Mais ceci entraîne des contraintes liées au stockage de l'énergie électrique, ainsi qu'à sa production décarbonée. Le moyen le plus mature actuellement est le stockage par batterie, d'où la construction de gigafactories destinées à produire en masse les batteries du marché automobile de demain. La production d'énergie électrique en France est déjà décarbonée grâce à l'utilisation du nucléaire mais comment faire face à l'accroissement de la demande ?

À côté des questions scientifiques, technologiques et économiques, se posent également les questions de savoir-faire et d'adaptation des formations à cette mutation rapide des besoins industriels.

L’université a des atouts en termes de recherche et formation pour répondre à ces besoins. Elle s’engage dans un renforcement des enseignements sur l’énergie et de leur visibilité auprès des étudiants. Une chaire de recherche Objectif Développement Durable "transitions énergétiques" et un Laboratoire Inspirons Demain "Energies" ont été créés, avec l'objectif de promouvoir les activités de l'université en matière d'énergie, d'accroitre l'attractivité des formations autour de l'énergie à Lille, de créer une synergie autour de ce thème avec les partenaires socio-économiques et les collectivités territoriales.

Dr Ronan German, Enseignant-chercheur au sein du laboratoire d'Electrotechnique et d'Electronique de Puissance (L2EP) de l'Université de Lille

Mr German représente le projet TESSA, projet de recherche visant l’étude techno-économique des batteries de seconde vie pour un campus à mobilité électrique plus accessible (chaire WILL de l'Université de Lille). Ce projet fait partie du programme Cumin (Campus à Mobilité Innovante et Neutre en Carbone) de l'université de Lille. TESSA a démarré fin 2023 et se terminera en 2027.

Les véhicules électriques représentent maintenant une partie non négligeable des véhicules neufs vendus (14% en 2022 au niveau mondial selon le rapport 2023 de l'IEA). Pour les industriels la question des batteries usagées se posera dans une dizaine d'années. C'est à dire lorsque les véhicules neufs d'aujourd'hui devront être recyclés.

TESSA propose d'étudier la question d'un point de vue économique, écologique et sociétal. Une seconde vie des batteries est envisagée dans des installations de production solaire. Une collaboration multi-domaines et internationale est mise en place. Le L2EP (ULille) apportera son expertise concernant le génie électrique. Le Rochester Institute of Technology (USA) apportera son expertise économique. Le TVES (ULille) apportera l'aspect de l'acceptabilité sociétale.

Projet soutenu par